Témoignage d’un enfant des années 70
J’ai grandi dans un monde où Michel Fugain et le Big Bazar n’étaient pas seulement un groupe : c’était une philosophie de vie, un kit de démarrage pour l’optimisme. On entrait dans les années 70 comme on entre dans une fête de village : un peu décoiffés, pas trop certains de la suite, mais déterminés à danser quand même.
Je me souviens encore – et comment oublier – de ces refrains qui semblaient nous prendre par les épaules pour nous secouer un peu. Il suffisait d’entendre « fais comme l’oiseau… » pour qu’une joie tranquille nous traverse. Ça disait, en quelques mots, que même quand tout branle, il existe quelque part une force intérieure, une façon de se remettre debout.
Et puis il y avait ce cri ensoleillé de « chante… », simple comme un coup de vent chaud. On ne comprenait pas encore toute la profondeur de ces messages, mais on les absorbait. Les chansons parlaient de fraternité, d’audace joyeuse, de vie plus grande que nos doutes. Et nous, petits humains en construction, on croyait dur comme fer que le monde allait poursuivre sur cette lancée.
Mais les années ont passé.
La vie s’est compliquée, comme elle sait si bien le faire. La méfiance a remplacé la confiance dans bien des rues. Les « grands ensembles » sociaux se sont fragmentés. On cherche souvent plus à avoir raison qu’à être ensemble. On se crispe, on se compare, on s’épuise.
Et parfois, je me surprends à penser :
Qu’est-ce qu’on a fait de l’élan qui nous poussait vers les autres?
Je ne suis pas naïf. Je sais que chaque époque a ses défis et que celles qui passent deviennent toujours un peu plus jolies dans le rétroviseur. Les années 70 avaient leurs ombres, leurs heurts, leurs maladresses. Mais elles avaient aussi un souffle que l’on entend moins aujourd’hui : un appel à la vie, un encouragement à avancer, même à contretemps.
Pourtant… quand je tends bien l’oreille, je me rends compte que ce souffle n’a jamais vraiment disparu. Il est devenu plus discret, voilà tout. Il se cache dans les gestes simples : quelqu’un qui aide un inconnu à porter ses sacs. Une voisine qui dépose des biscuits devant une porte. Un jeune qui se mobilise pour un projet plus grand que lui. Chaque fois, j’entends, en écho, le Big Bazar qui murmure :
« Attention, mesdames et messieurs… »
Comme si la vie elle-même annonçait qu’il y aura toujours un numéro à inventer, un morceau de beauté à ajouter dans le désordre ambiant.
Parce que oui, le monde a changé — parfois pour le pire, souvent pour le mieux, presque toujours pour le différent. Ce qui n’a pas changé, c’est notre capacité à croire, créer, aimer, recommencer.
Si j’avais un message à laisser, moi, enfant des années 70, ce serait celui-ci :
➡️ Nous avons déjà porté la joie comme un drapeau. Nous pouvons le refaire.
➡️ Nous avons déjà cru que chanter, ça pouvait changer quelque chose. Ce n’était pas faux.
➡️ Nous avons déjà rêvé d’un monde plus doux. Ce rêve n’est pas perdu : il a juste besoin d’être réveillé.
Alors je choisis de terminer comme Fugain aurait commencé : par un élan.
On ne retournera peut-être jamais tout à fait à ces années où tout semblait possible. Mais on peut en reprendre la meilleure part, la mettre dans notre présent, la transmettre autour de nous. Rien n’empêche de remettre un peu de Big Bazar dans nos vies : un peu plus de partage, un peu plus de lumière, un peu plus de « fais comme l’oiseau », surtout dans les jours gris.
Parce qu’au fond, malgré tout ce qui a changé, une vérité demeure :
le monde n’est jamais complètement perdu tant qu’il reste des gens pour chanter.
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